Sacralisation de la terre en France ...
par Laure Rivierre- section jodo
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Sacralisation de la terre de France,
le 25 mars 2006

A six heures ce matin-là, un merle rieur nous saluait dans les rues de Paris…
La météo, incertaine, passait du rire aux larmes, et nous arrivâmes vers 9 heures au cœur de l'Yonne, dans l'un de ces charmants coins de la campagne française.
Le sol détrempé présageait pour nous, pratiquants de Jodo, d'une démonstration boueuse et glissante à souhait!..
Accueillis par Yukai et Yusen, les maîtres du lieu, nous découvrîmes l'enceinte de la célébration déjà sacralisée, définie par quatre bambous reliés les uns aux autres. L'autel, recouvert des offrandes et objets de culte, était une sobre superposition d'éléments de bois, d'une simplicité déconcertante. Monsieur Kubo, le grand Prêtre, et Mademoiselle Takebe, son assistante, se changèrent rapidement, et la cérémonie commença.

 
Chacun se présenta alors devant eux pour la purification préalable par l'eau, puis tous, nous prîmes place devant l'espace consacré. Plusieurs photographes et journalistes aussi étaient présents.
La cérémonie, constituée de plusieurs actes très définis, chacun annoncé par la prêtresse, fut ponctuée d'appels aux différents kami concernés, et de mise en situation symbolique des événements constituants la venue du Mizuya Jinja France : sa construction, placée sous la responsabilité symbolique de Monsieur Shimada, remarquable assistant de Monsieur Ishii, grand architecte, lui-même malheureusement souffrant, et qui n'a pu faire le voyage ; le transport du temple, pris en charge et ici représenté par Monsieur Minami et Monsieur Yoshizumi, fervents soutiens au Japon du Mizuya Jinja ; l'accueil des français, ici représentés par Monsieur Beurel, etc…


 
Touchante dans sa simplicité, cette cérémonie me plongea dans une profonde émotion lors des invocations conjuguées des deux prêtres, l'une simulant vocalement la présence du kami du vent par une mélopée aux tonalités archaïques et universelles, et l'autre appelant la bienveillante présence de ce même kami.
Débutée sous une soudaine lumière, aussi rayonnante qu'éphémère, la cérémonie se poursuivit avec un éventail quasi complet des éléments que la nature peut offrir, nous baignant soudain de pluie, ou encore de grands coups de vent nous souffletant quand Mami Takebe évoqua ce kami au moyen d'amples et magnifiques mouvements de feuilles de sakaki spécialement apportées du Japon.

 
Il y eut également le symbolique tir-à-l'arc aux quatre coins de l'enceinte par le grand prêtre. Tout cela, empreint d'une simplicité et d'un dépouillement peu ordinaire pour notre culture occidentale, souleva étonnement une immense émotion, indéfinissable mais palpable chez l'ensemble des personnes présentes…

 
Ainsi, le temple était bel et bien attendu, et bienvenu sur le sol de France…
Comme cela se fait après toute cérémonie Shintô au Japon, nous pratiquâmes alors, mon professeur Luc Beurel -4 ème dan-, et moi-même, une démonstration de Jodo en plein air, au bord d'une mare envahie de carpes, comme si le Japon ancien nous faisait un clin d'œil !

 
Un banquet général conclu cette belle journée, et nous permit de chaleureux échanges avec l'entourage de Monsieur Kubo, venu en France avec plusieurs membres de sa famille.
Nombreux, nous profitâmes de ce moment pour donner à nos amis japonais le partage d'un gâteau d'anniversaire bien français, destiné à mon « vieux » professeur, puis nous chantâmes tous ensuite cette chanson ancienne bien connue de « Kuroda bushi », accompagnant une chorégraphie libre et très contemporaine de madame Reiko Wakita, sœur du grand prêtre !

 

Un grand merci à Thierry, disciple de Yukai, qui nous fit visiter le temple bouddhiste Komyo-in, visite concluant sous les meilleurs auspices cette incroyable journée au cours de laquelle France et Japon se côtoyèrent, lointains et si proches…


J'espère vous retrouver nombreux lors de la venue du temple, pour découvrir les grandes qualités d'architecte de Monsieur Ishii, apprécier le charisme de Monsieur Kubo et de tout son entourage, et retrouver la délicatesse et le sérieux de Mademoiselle Takebe.
 

Nos vifs remerciements à Monsieur François Voisin pour les belles photos qui illustrent ce texte.
Citons également Monsieur Jacques Bataille, pratiquant, qui a accepté de prêter ses arc et flèches de kyudo pour l'événement.
Et un merci très personnel au Budo 11 Section Jodo et à mon professeur, pour la confiance qu'ils m'ont m'accordée à cette occasion…
Laure Rivierre
Shodan de Jodo